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La relation entre Gourou et disciple


" La relation entre Gourou et disciple n’est qu’une l’une des nombreuses relations que l’on peut avoir avec le Divin et dans notre yoga, où le but est une réalisation supramentale, il n’est pas habituel de lui donner ce nom.
  Le divin est plutôt considéré comme la Source, le vivant Soleil de Lumière, de Connaissance, de Conscience et de réalisation spirituelles, et tout ce que l’on reçoit, on le sent venir de là, on sent que tout l’être est remodelé par la Main Divine.
  C’est une relation plus grande et plus intime que la relation entre Gourou humain et disciple qui relève d’un idéal mental plus limité. Néanmoins si l’intellect a encore besoin de cette conception mentale, qui lui est plus familière, elle peut être conservée tant qu’elle est nécessaire.
  Seulement, ne permettez pas à l’âme de s’y attacher, ne laissez pas cette conception mentale restreindre l’afflux d’autres relations avec le Divin et de formes d’expérience plus vastes."

Sri Aurobindo
Lettres sur le Yoga, Tome 3 -
Extrait-

LE SADHAK DU YOGA INTEGRAL

In..Sri Aurobindo LA SYNTHÈSE DES YOGAS I
....."LES QUATRE AIDES"  

Le sâdhak du yoga intégral doit se souvenir que toutes les Écritures, si grande soit leur autorité, si large soit leur esprit, ne sont et ne peuvent être rien autre qu'une expression partielle de la Connaissance éternelle. Il se servira de l'Écriture mais ne se laissera jamais lier par elle, quelle que soit sa grandeur. Dans la mesure où elle est profonde, vaste, universelle, elle peut exercer sur lui une influence bienfaisante et d'une incalculable impor­tance. Elle peut participer à son éveil aux vérités suprêmes, à sa réalisation des plus hautes expériences. Son yoga peut être gouverné pendant longtemps par une Écriture ou plusieurs successivement — la Guîtâ, par exemple, les Oupanishads, le Véda, si sa voie est celle de la grande tradition hindoue. Il se peut aussi qu'une bonne partie de son développement utilise comme matériaux l'expérience variée des vérités de nombreuses Écritures et enrichisse ainsi l'avenir de tout ce que le passé a de meilleur. Mais en fin de compte, ou même dès le début s'il le peut, et toujours, c'est dans son âme qu'il doit prendre position et vivre, par-delà toutes les Vérités écrites — shabda­brahmâtivartaté —, par-delà tout ce qu'il a entendu et tout ce qu'il doit encore entendre — shrôtavyasya shroutasya cha. Car il n'est pas le sâdhak d'un livre, ni même de beaucoup de livres; il est le sâdhak de l'Infini.

Extrait de:
LES QUATRE AIDES

L'erreur fondamentale du Mental - Avidyâyâm antare

Sri Aurobindo, LA VIE DIVINE -Extrait du chapitre XVIII 
"Mental et Supramental"



[...]L'erreur fondamentale du Mental est donc cette perte de la connaissance de soi, par quoi l'âme individuelle conçoit son individualité comme un fait séparé et non comme une forme de l'Unité, et se fait le centre de son propre univers, au lieu de se connaître comme étant une concentration de l'universel. De cette erreur originelle, toutes ses ignorances et limitations particulières sont des résultats contingents. Car, ne considérant le flux des choses que tel qu'il coule sur lui et à travers lui, il fait une limitation d'être qui produit une limitation de conscience et par conséquent de connaissance, une limitation de force consciente et de volonté et par conséquent de pouvoir, une limitation de jouissance de soi et par conséquent de félicité. Comme il n'est conscient des choses et ne les connaît que telles qu'elles se présentent à son individualité, il tombe dans une ignorance du reste et par conséquent dans une conception erronée de cela même qu'il semble connaître : car, puisque tout l'être est interdépendant, la connaissance du tout ou de l'essence est nécessaire à la connaissance juste de la partie. D'où un élément d'erreur en toute connaissance humaine. De même, notre volonté, ignorante du reste de la volonté totale, tombe nécessairement dans une erreur de fonctionnement, dans une incapacité, une impuissance plus ou moins grandes ; la félicité que l'âme trouve en soi et dans les choses, méconnaissant la béatitude du Tout et impuissante à maîtriser son monde par manque de volonté et de connaissance, devient nécessairement incapable du délice de posséder, et par conséquent tombe dans la souffrance. L'ignorance de soi est donc la racine de toute la perversité de notre existence, et cette perversité se fortifie dans la limitation de soi, l'égoïsme qui est la forme prise par cette ignorance de soi. Et cependant toute ignorance et toute perversité ne sont que la déformation de la vérité et de la justesse des choses, et non le jeu d'une fausseté absolue. C'est la conséquence de ce que le Mental envisage les choses dans la division qu'il a établie, avidyâyâm antare, au lieu d'envisager lui-même et ses divisions comme des instruments et des phénomènes du jeu de la vérité de Sachchidânanda. S'il retourne à la vérité d'où il est tombé, il re-devient l'action finale de la Vérité-Consciente en son opération appréhensive, et les rapports qu'il aide à créer en cette lumière et cette puissance seront des rapports de Vérité et non de perversité. Ils seront — selon la distinction expressive des rishis védiques —les choses droites et non point les tordues, c'est-à-dire des Vérités de divine existence, avec la conscience, la volonté et la félicité de la divine existence se possédant soi-même et se mouvant harmonieusement en soi-même. Ce que nous voyons plutôt à présent, c'est le mouvement dévié et en zigzag du mental et de la vie, les contorsions que fait l'âme devenue oublieuse de son être véritable dans sa lutte pour se retrouver, pour résoudre toute erreur passée en cette vérité que limitent ou déforment notre vérité comme notre erreur, notre bien comme notre mal, pour résoudre toute incapacité en cette force pour la possession de laquelle luttent notre puissance et notre faiblesse ; toute souffrance en cette félicité que cherche à réaliser le convulsif effort de sensation que sont notre joie et notre douleur; toute mort en cette immortalité où veut retourner ce constant effort d'être que sont notre vie et notre mort.