Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo SRI AUROBINDO - YOGA INTEGRAL

SRI AUROBINDO
. ॐ . YOGA INTÉGRAL


Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
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C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

L'échelle de l'évolution [V], [VI]

 

 [V]

       Certaines images d'animaux datant de ces éons des débuts doivent être notées ici, bien que n'appartenant pas à la première période Pashu, mais aux périodes qui la précèdent & la suivent. Les premières images montrent une créature monstrueuse dans une région glaciaire, ressemblant au phoque moderne mais plus grosse & plus volumineuse ; l'autre image est celle d'un animal d'une masse tout aussi monstrueuse, la peau rayée de bandes rouges et jaunes, la gueule excessivement longue, rugueuse & mince, avec un museau qui tient à la fois du loup, de l'ours & du tigre, et un corps rappelant le rhinocéros, mais souple et assez inoffensif malgré son apparence féroce. Ces créatures, comme suggéré par le vijnana, appartiennent au premier chaturyuga du pratikalpa qui a précédé l'apparition de l'homme ; car les quatorze Manus jouissent chacun d'un règne de sept chaturyugas de durées variables, mais le premier & le dernier de la centaine ne font pas partie d'un Manu. Le premier chaturyuga est de Brahma & Rudra et le dernier est de Kalki & Shiva. L'homme apparaît seulement comme une tentative à la fin du premier, il n'est plus qu'une survivance au début du dernier.

      La troisième image est celle d'un ours bondissant sur une créature plus petite qu'il garde entre les pattes, et qui essaye de s'échapper tandis qu'il en arrache et dévore quelques parties, but de cette chasse. Le mâle de la captive est proche, incapable d'aider, ne voulant pas fuir. C'est un petit cerf, d'un tiers seulement de la taille du cerf sauvage d'aujourd'hui. Brusquement la tête de l'ours s'affaisse. Il semble qu'il soit touché à mort par une flèche, une lance ou l'arme d'un chasseur humain. Cette scène appartient au second Manwantara des Vanaras.

     Une quatrième image montre un cheval du premier Manwantara dans l'un de ses premiers chaturyugas, un animal carré aux pattes massives et aux longues oreilles, très différent de l'élégante espèce équine moderne. L'animal attend sur la berge d'un fleuve, la tête levée obliquement, les oreilles dressées à l'écoute d'un bruit provenant des arbres sur la berge opposée. Cette image était précédée d'une autre, un cheval de la période Pashu plus tardive alors que le type barbare civilisé tentait de retrouver le Gandharva. Ce type de cheval, debout avec un ca­valier sur le dos & d'autres êtres humains bavardant à proximité & devant lui, ressemble davantage à notre race équine, mais il a toujours les pattes massives & n'a pas perdu le caractère inintelligent de la tête de son prédécesseur.

 

VI. Trois images du quatrième descendant du Chef des barbares. La première le montre debout, méditant sur le fleuve , sa silhouette et son visage rappellent celles de Napoléon, ses vêtements ressemblent à ceux des Européens modernes. La deuxième montre sa mère & sa belle-mère, descendantes des captives de la première image. Dans la troisième, l'empereur, irréprochablement vêtu, préfet de la ville, est de nouveau en consultation avec son demi-frère au sujet d'intrigues de palais concernant entre autres choses sa mère et sa belle-mère. Il est indiqué qu'il est le Roi, quatrième de la lignée, qui a établi la domination de la race sur la terre d'alors.


Sri Aurobindo, Journal du Yoga,
 L'échelle de l'évolution  [V], [VI] , Notes sur les images vues en mars 1914.

L'échelle de l'évolution IV

  [IV]

     Certaines images plus tardives sont apparues qui semblent vouloir montrer la nature de la civilisation du Kaliyuga développée par les mélanges entre les Pashus barbares & les Pashus Gandharvas. L'une montre une large route qui monte une pente abrupte ; la hauteur relative des arbres sur un des bas-côtés de la route indique sa grande largeur. Cette image semble vouloir confirmer l'impression créée par l'ensemble de la ville sur le plateau, par le dôme & par une autre chitra d'une partie de la colline avec une maison (privée ?) au toit semblable à celui d'une église moderne, à savoir qu'il s'agissait d'une civilisation d'une certaine grandeur & ampleur, et dotée d'une diversité très contrastée. L'image montre aussi un Pashu d'un type inférieur de cette époque, barbu, portant un chapeau ; son visage rappelait celui d'un Américain de l'ouest moderne d'une classe inférieure. Ces ressemblances ont soulevé quelques doutes quant à l'authenticité de ces images ou à l'exactitude de leur interprétation ; cependant le doute n'est pas justifié par sa cause. Car au cours des quatorze Manwantaras, il ne peut manquer d'y avoir des variations, per­mutations & combinaisons de ce genre. Telle est la loi de la Nature dans l'argile, la plante & l'animal et s'applique également à l'homme, à ses manières, ses idées, ses constructions & institutions. Considérant la vérité de la théorie des Manwantaras, toute autre possibilité que celle d'une telle variation serait plus surprenante que la répétition elle-même & ne conduirait qu'à un doute plus légitime. On observe des variations & des signes d'immaturité ou de tendances différentes à foison. Dans l'image de la rivière, il faut noter qu'il n'y avait pas de bateau moderne. Le houseboat est une habitation sur un radeau & sa structure est complètement différente de celle des houseboats modernes ; l'embarcation dans laquelle l'homme et la petite fille sont vus en train de traverser la rivière est aussi un radeau, pas un bateau. Les hommes & les femmes Gandharvas sont vêtus différem­ment dans leur première apparition : les premiers portent des vêtements un peu dans le style des anciens habits européens, les dernières portent des draperies amples & légères de style classique – habillement somme toute assez naturel & qui peut facilement apparaître dans une race au tour d'esprit artistique & esthétique. L'élément teutonique dans le caractère & la civilisa­tion du nouveau type de Pashus vient de la fusion du Gandharva gracieux, léger & artistique avec le barbare ordinaire, robuste & vigoureux ; ce dernier prédomine dans le mélange & le premier ne fait qu'adoucir sa force, & apporte une certaine note un peu raffinée dans les détails des vêtements & des manières, néan­moins considérablement modifiés dans le sens d'une simplicité et d'une force nettement rudes ; ce plus grand raffinement est surtout prééminent, mais non prédominant chez les femmes, comme l'illustrait parfaitement la fille sur le radeau, dont la grâce naturelle est totalement absente des hommes de son sang. Leur élégance est lourde & artificielle, portée comme un atour plutôt que possédée de façon innée. Quelquefois le type des­cend très bas, comme chez les primitifs américains ; le type ordinaire est plus élevé mais dénué de dignité ou de grandeur, de grâce ou de beauté. Ils représentent les premières apparitions d'une tendance vers l'Asura Rakshasa tel qu'il se manifeste dans les Kaliyugas du présent Pratikalpa, lorsqu'il a réalisé que le pénible contrôle sur lui-même qu'il s'était imposé au début était nécessaire pour pouvoir évoluer vers le Deva. Dans une vision plus tardive, la femme de la première image, la captive de l'auguste barbare, est montrée dans une incarnation ultérieure, à un moment où ce type, insatisfait de lui-même, essaye de retrouver la grâce, l'humour, les talents artistiques, l'imagination et la vivacité de leur sang Gandharva, de façon à développer de nouveau en eux le Pashu deva. Cela permet de déterminer à quelle période ces incidents se sont déroulés : le Kali yoga du quatrième chaturyuga durant le règne du premier Manu, quand le Rakshasa Asura du type Pashu Asura règne & essaye de devenir un pur Asura avec quelques tentatives de dépassements vers le Pashu deva. Chaque race qui parvient ainsi à dépasser ses limites & va au-delà du stade qui suit immédiatement le sien dans l'échelle de l'évolution, contribue puissamment à cette évolution, mais elle devient inapte dans la lutte pour la survie & doit disparaître. C'est pour cette raison que la race Gandharva des Pashus a dû disparaître & que le type Asura Rakshasa a réapparu, puis a pris quelque chose des Gandharvas & avancé d'un pas vers l'Asura-Pashu du type Asura. C'est par de tels avancées & reculs que l'évolution humaine a toujours progressé.


Sri Aurobindo, Journal du Yoga,
 L'échelle de l'évolution  [IV] [p. 1332], Notes sur les images vues en mars 1914.

L'échelle de l'évolution III

 [III]

     La succession des Manwantaras peut maintenant être décrite. Il faut se souvenir qu'il y a quatorze Manus [dans un manwantara] et dix gavas (rayons) du Dashagava. Comment ces derniers se répartissent-ils entre les Manus ? Dans le présent Kalpa, ou plutôt Pratikalpa, le type Pashu est le Vanara, mais comme dans tous les mouvements de la nature, même lorsqu'elle manifeste le Vanara, les autres font d'abord rapidement leur apparition avant que l'heure de leur type ne soit venue ; les plus appropriés sont le lion, le tigre, l'éléphant, le chien, le chat, le boeuf & la vache, l'ours, le renard, l'âne, l'abeille, la fourmi, le papillon, le poisson, l'aigle (aussi le milan, le faucon & le vautour), le rossignol, le corbeau & le coucou, etc. Dans tous ces animaux l'ego humain s'incarne facilement & le type humain les absorbe tous. Le premier Manu prend tous ces symboles & les applique au type général de l'Asura pour en arriver à l'évolution d'un Vanara-Asura géant qui porte en lui tous ces éléments & les fusionne dans une harmonie animale dominée par la curiosité, l'humour, faculté et capacité d'adaptation –les vertus du Singe qui rapprochent le plus ce type de l'homme. Le premier Manu transmet ce premier Vanara Asura au deuxième Manu, lequel reprend le type, l'accomplit et le fait évoluer et devenir le Pishacha-Asura. Il le fait en intensifiant au maximum la curiosité du Singe et en l'appliquant à toutes les expériences de la vie animale de l'homme : jeu, travail, vie domestique, guerre, plaisir, souffrance, rire, chagrin, relations, négociations etc. Toutes les qualités supérieures : imagination, réflexion, inventivité, pensée, spiritualité même, sont orientées vers ces expériences et ces possibilités, – cognitives pas esthé­tique  jusqu'à leur épuisement pour autant que l'animal humain puisse les épuiser. Cela ne se réalise toutefois qu'au cours du troisième Manwantara. Dans le deuxième, c'est le Vanara qui satisfait son humour, sa curiosité et sa capacité d'adaptation d'une façon beaucoup plus élémentaire & grossière, mais, ce faisant, il commence à se raffiner et à évoluer à la recherche de nouvelles sensations jusqu'à l'apparition du Pishacha Asura dans la plénitude de son épanouissement. Ce type est transmis au troisième Manu pour qu'il l'épanouisse, & deux Manvantaras sont consacrés à cette tâche, – au cours du troisième, le Pisacho­ Pramatha du type Asura évolue. Dans le quatrième Manvantara le Pishacha Pramatha évolue pour devenir le Pramatha-Asura complet. La curiosité cesse d'être purement cognitive & quasi scientifique, elle devient esthétique, d'un esthétisme animal & vital ; le Pramatha cherche à extraire de toutes les choses de la vie la plénitude de leurs valeurs émotionnelles & esthétiques, leur rasa [saveur essentielle], aussi bien celle de la torture que celle de l'extase, de la mort comme de la vie, du chagrin comme de la joie. Ce type est développé par le cinquième Manu, pour l'amener au Pramatha-Rakshasa du type Asura, et grâce au sixième Manu, au Rakshasa-Asura complet. Le premier qui commence vraiment à penser est le Rakshasa, mais sa pensée est encore égoïste & axée vers la sensation. Ce qu'il cherche est une satisfaction égoïste grossière dans toute la vie du mental, du grana & du corps, dans toutes les expériences du Pashu, du Pishacha, du Pramatha & de la sienne propre. Mais comme ce type n'est pas un pur Rakshasa mais un Rakshasasura, la pensée est présente dès le début car le Rakshasa l'a déjà établie dans le moule humain durant le cinquième pratikalpa. Cependant, dans l'Asura, elle cesse désormais d'être asservie aux instincts animaux & vitaux & devient à la place l'instrument d'un ego intellectuel vigoureux, violent & tonitruant. Comme le type principal est celui de l'Asura, il existe toujours une tendance à subordonner l'ego inférieur à l'Aham [ego] intellectuel, mais cette subordination est d'abord une auto-discipline mise uniquement au service d'une auto-satisfaction plus intelligemment victorieuse, comme la tapasya de Ravana 1. Ce type évolué est fixé dans le personnage de Ravana et prend possession de son domaine dans le Manwantara du septième Manu – Vaivasvata. Dans ce Manwantara il évolue vers le type de l'Asuro-Rakshasa dans lequel l'ego intellectuel & l'ego émotionnel & sensoriel entrent dans un partenariat à égalité pour le grand couronne­ment & l'accomplissement de l'ahankara [l'ego] humain. De même que Ravana représente le prototype du Rakshasa-Asura sensoriel & émotionnel, c'est Hiranyakashipul qui représente le type le plus puissamment équilibré de l'Asura-Rakshasa du type Asura. Dans le huitième Manwantara cet Asura Rakshasa évolue vers le pur Asura qui sert son ego intellectuel & lui su­bordonne toutes les autres facultés. Ce type [le pur Asura] règne avec le neuvième Manu & évolue vers l'Asuradeva du modèle Asura, &, dans le dixième Manwantara, vers le Devasura qui intronise le vijnana et glorifie l'existence de l'Asura par les illu­minations vijnanamaya jouant sur la totalité de la triple vie men­tale, vitale et physique de l'homme. Dans les onzième et dou­zième Manwantaras, le Devasura évolue vers le type Sadhya, l'Anandamaya Asura qui, d'abord avec le pur Ananda, puis avec le Tapomaya Ananda, puis avec le Sanmaya Ananda, domine les règnes des treizième et quatorzième Manus, & accomplit l'apothéose de l'Asura dans l'homme. Avec le Siddhadeva dans l'Asura, le centième Chaturyuga du sixième Pratikalpa parvient à sa fin glorieuse.

Sri Aurobindo, Journal du Yoga,
 L'échelle de l'évolution  [III], Notes sur les images vues en mars 1914.

L'échelle de l'évolution II

 

 [II]

Une série d'images et nombre d'indications ont été données hier par la chitra-drishti afin d'illustrer l'histoire des deux premiers Manwantaras & les vicissitudes au travers desquelles est passée l'idée humaine au cours de ces âges innombrables. Il n'est pas surprenant qu'il n'y ait aucune trace de ces vicissitudes dans les strates de la terre actuelle, car la terre actuelle n'est pas le sol de la planète tel qu'il était durant des premiers Manwantaras. Les érosions, soulèvements, convulsions et changements qu'elle a subis ne peuvent être évalués par les méthodes imaginatives & sommaires des géologues modernes, – hommes se pensant supérieurs & maîtres ès connaissance, mais qui ne sont que des bébés et des babillards dans leurs propres sciences. Il n'est pas utile à présent d'entrer dans la scène ou le lieu des péripéties & des populations montrés dans la drishti [vision]. Les faits suffisent.

    La première image était celle d'une jeune & belle femme fuyant, tenant deux enfants par la main, précédée d'un troisième enfant – mais qui n'était pas clairement visible – et suivie par un petit enfant, une fille avec un tissus à la main. Toutes du sexe féminin. Dans leur fuite elles renversent un jeune homme beau & bien habillé, qui lui aussi fuyait mais en travers de leur route – et qui est maintenant étendu sur le dos. Un sauvage âgé & barbu, nu & portant une sorte d'arme poursuit à quelque distance la femme & ses filles, et aurait vite rattrapé les fugitives n'eût été l'incident de la collision. La deuxième image montrait le jeune homme encore allongé, le sauvage au-dessus de lui le menaçant violemment de son arme, mais la bhava [l'atmosphère de la scène] indique que l'objectif du raid n'est pas de massacrer mais de faire des prisonniers & des esclaves. Le jeune homme est évidemment fait prisonnier par le poursuivant qui s'est détourné des femmes pour ce butin peut-être d'une valeur plus grande. La troisième image montre la petite fille de la première image capturée par un barbare jeune & beau qui a réussi à la consoler et à la calmer & l'a convaincue de le mener au refuge secret des fugitives. C'est par ce moyen – indique-t-on maintenant – qu'il est en mesure de découvrir leur refuge & de capturer toute cette colonie civilisée. Ce succès l'élève au rang de grand chef dans son peuple, car c'est son groupe d'attaquants qui a rendu la victoire vraiment profitable. La chitra-lipi « Indigènes » donnée maintenant montre que ces barbares sont les occupants originels de ce pays, les autres étant des colons & des conquérants. Le Vijnana suggère que les deux groupes – assaillants & assaillis – sont au stade Pashu & humains du premier ou deuxième Manu, mais le groupe civilisé a atteint un stade proche du Deva de type Gandharva, tandis que les sauvages sont une résurgence du type Asura Rakshasa des Pashus, ramené dans un âge plus avancé pour revigorer le type trop raffiné que le premier groupe était devenu. Le jeune chef de l'image est une sorte de César-Auguste ou d'Alaric des barbares. Il prend la tête de leur révolte, laquelle est tout d'abord un mouvement chaotique d'indignation (la lipi « indignation » alternait avec « indigènes »), l'organise, conquiert & asservit les Gandharvas, apprend d'eux leur civilisation et la modifie avec les coutumes barbares. La nouvelle race qui en est issue finalement domine le monde d'alors & fixe le type suivant de l'évolution Pashu.

    Mais que sont ces Pashus ? Car il ne s'agit pas ici du premier pratikalpa des Pashus, mais du sixième des Asuras, et il est indi­qué qu'aucune de ces visions n'appartient à un autre pratikalpa que l'actuel. Il s'ensuit que même ces sauvages ne peuvent être de purs Pashus, mais des Asuras ou des Asuras Rakshasas évo­luant à partir du stade Pashu – dans la mesure où l'Asura peut retourner à ce stade – et développant les potentialités d'une sorte d'Asura-Pashu avant de développer celle de sa nature d'Asura dans ses types les plus élevés, d'y parvenir & de s'élancer au-delà du pur Asura. Ceci est une modification importante. Elle signifie que chacun des types du Dashagavas traverse, dans le cadre du moule de son propre type, la totalité des dix gavas, du Pashu au Siddhadeva. Le Pashu-Asura sera différent du pur Pashu ou du Pashu-Deva, parce qu'il sera d'abord et avant tout de façon caractéristique un Asura, mais il se concentrera à par­tir de la buddhi sur les expériences du corps en tant que Pashu, et sur les expériences du vijnana en tant que Deva, & ainsi dans chaque type selon son domaine particulier d'activité. Par contre le Deva le fera à partir du vijnana, et la différence de levier & d'objectif dans l'action constituera une immense différence, tant pour le caractère de l'activité que pour ses résultats dans son domaine. En outre il est clair que le Pashu Asura traverse aussi les divers types à l'intérieur de sa nature mixte de Pashu & d'Asura avant de passer au Pishacha-Asura, qui doit subir un développement similaire. La grande variété de types qui résulte de ce système d'évolution est évidente.

     Les autres images vues en relation avec cet épisode Pashu­Asura sont au nombre de trois. D'abord le pays plat & désolé avec une colline au loin, à propos duquel le vijnana indique que telle n'était pas l'apparence du pays occupé par les barbares avant que les colons ne débarquent (venant de la mer, selon ce qui est sug­géré, puis s'avançant vers les étendues à l'intérieur des terres à partir des côtes occupées) & ne le peuplent que de façon éparse. La catastrophe est survenue en raison de leur hâte à conquérir la totalité du petit continent avant d'être capables de peupler tout le territoire inoccupé & de se constituer en un pouvoir fort & irré­sistible organisé en grandes cités & en nations peuplées. Cette hâte était due à la fertilité plus grande et donc attirante du sol occupé alors par les barbares qui, étant de piètres agriculteurs, ne s'étaient installés que sur les terres riches n'exigeant pas de compétences techniques particulières, & avaient laissé le reste en friche. Le contraste entre les terres desséchées vues d'abord & les rives du grand fleuve sur lesquelles les barbares s'étaient établis est typique du contraste entre les deux sortes de sols, cultivés & non cultivés. Les tentatives prématurées de conquête ont commencé par des attaques sur les villages barbares les plus proches, & le raid de la vision était la première représaille efficace menée en l'absence des guerriers de la colonie, c'est pourquoi, du côté attaqué, seules les femmes, les enfants & des hommes paisibles et désarmés ont été vus fuyant vers leur refuge secret habituel. Car cette colonie était juste à la frontière du pays barbare & toujours exposée à des incursions. La vision n'a pas montré clairement pourquoi les combattants de la colo­nie étaient absents, s'ils étaient eux-mêmes partis en raid chez les barbares ou engagés dans une querelle civile intestine.

     La deuxième image – la cité fortifiée sur le plateau – montre, d'après les terrasses découpées dans les pentes du plateau & la chitra [vision] de l'un des dômes de la cité, que c'était une métropole civilisée & magnifique, résultat final du mélange des barbares & des colons. Le village barbare originel se trouvait sur les rives du grand fleuve, visible par l'un de ses ghauts (ou ghat) à proximité de la base du plateau, mais après le raid – sur les instances du jeune chef victorieux à qui ils avaient désormais donné le commandement d'un commun accord – et pour se pro­téger eux-mêmes & leur butin, les sauvages s'étaient retirés sur le plateau alors en pente raide & difficile d'accès. Par la suite une grande ville fut construite sur le site de ce bastion barbare. La construction sur la rivière, qui semblait être une maison mais qui apparemment se tenait sur l'eau, n'était peut-être rien d'autre qu'un radeau aménagé en habitation & amarrée à un char du fleuve, ce qui a suggéré la première idée qu'il s'agissait d'une maison sur un îlot du fleuve.

     La troisième image, la grande hutte haute & spacieuse, construite presque avec élégance & dont la porte imposante était grand ouverte, était celle du chef et montre que malgré leur nudité ces sauvages n'étaient pas au plus bas de l'échelle, ni du point de vue de l'immaturité humaine ni de celui de la dégénérescence humaine. La silhouette, un prêtre à en juger d'après son habit & sa coiffe, n'est, en fait, pas un prêtre mais un émissaire, un des anciens de la colonie venu négocier la libération des captifs , la fille avec laquelle il parle et dont il se détourne, traumatisé et désespéré, est l'une des filles de la femme vue dans la première série d'images, maintenant esclave & concu­bine du chef. Au départ, les colons ne voulaient pas recourir à la violence de crainte que les captifs ne soient maltraités. L'ancien venait juste d'apprendre que l'une des plus importantes d'entre elles avait déjà été soumise à une irrémédiable indignité, ainsi que d'autres faits, par exemple que les chefs ne voulaient pas entendre parler d'une quelconque réparation, ce qui explique la réaction de l'envoyé qui manifeste son désespoir de ne pouvoir rétablir la paix ou négocier utilement. La série n'est pas encore complète, mais attend le déroulement d'événements ultérieurs que le vijnana a déjà, quoique très vaguement, laissé pressentir. L'autre image n'a rien à voir avec ces événements mais appartient plutôt à un Manvantara ultérieur, celui du Pramatha-Rakshasa du sixième Manu, dans l'un de ses stades les plus parfaits & les plus brillants. Elle doit rester très nette à l'esprit en vue d'une interprétation future.

 

Sri Aurobindo, Journal du Yoga,
  L'échelle de l'évolution [II], Notes sur les images vues en mars 1914.

 

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