Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo LA PRÉPARATION DE LA VOIE ENSOLEILLÉE

SRI AUROBINDO
. . YOGA INTÉGRAL


Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
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C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

LA PRÉPARATION DE LA VOIE ENSOLEILLÉE


La paix était la toute première chose que les yogis et les cher­cheurs d'autrefois demandaient; et, déclaraient-ils, c'était un mental tranquille et silencieux — cela amène toujours la paix—qui était la condition de la réalisation du Divin. Un cœur joyeux et ensoleillé est le vaisseau qu'il faut pour l'Ananda, et qui dira que l'Ananda ou ce qui le prépare est un obstacle à l'union divine? Quant au découragement, c'est  à coup sûr un terrible fardeau à porter sur le chemin. Il arrive que l'on ait à passer par là, comme Christian, dans The Pilgrim's Progress[1], doit traverser le Bourbier du Découragement, mais si cela se répète constamment ce ne peut être qu'un obstacle. Je sais parfaite­ment que la douleur et la souffrance, la lutte et les accès de désespoir, bien qu'ils ne soient pas inévitables, sont naturels sur le chemin, non parce que ce sont des aides, mais parce qu'ils nous sont imposés par l'obscurité de cette nature humaine d'où nous devons nous extirper par la lutte afin d'entrer dans la Lumière... Râmakrishna n'ignorait pas qu'il y a une voie enso­leillée du yoga. Il semble même avoir dit que c'est le chemin le plus rapide et aussi le meilleur.
Ce n'est pas parce que j'ai moi-même pris la voie ensoleillée ou que j'ai reculé devant la difficulté, la souffrance et le danger. J'ai eu mon content de ces choses, et la Mère en a eu dix fois sa mesure. Mais c'est parce que les pionniers de la Voie devaient affronter ces choses afin de les conquérir. Il n'est de difficulté qui puisse s'abattre sur le sâdhak qui n'ait surgi devant nous en chemin; nous avons dû nous battre contre beaucoup de ces difficultés des centaines de fois (et c'est un euphémisme) avant de pouvoir vaincre; il en est beaucoup qui restent encore, pro­testant qu'elles en ont le droit tant que la parfaite perfection n’est pas là. Mais nous n'avons jamais consenti à admettre leur inévitable nécessité pour les autres. C'est en fait pour assurer aux autres un chemin plus facile à l'avenir que nous avons supporté ce fardeau. C'est à cet effet que la Mère pria autrefois le Divin, demandant que toutes les sortes de difficultés, de dangers, de souffrances nécessaires à la voie puissent lui être infligées à elle plutôt qu'aux autres. Résultat de terribles luttes quotidiennes pendant des années, il lui a jusqu'à présent été accordé que ceux qui mettent en elle une confiance entière et sincère peuvent suivre la voie ensoleillée et que même ceux qui n'en sont pas capables, lorsqu'ils ont vraiment cette confiance, trouvent néanmoins leur chemin subitement facile; s'il rede­vient difficile, c'est seulement lorsque la méfiance, la révolte, l'abhimân, ou d'autres obscurités s'abattent sur eux. La voie ensoleillée n'est pas tout à fait une fable.
Mais, demanderez-vous, et ceux qui ne peuvent pas? Eh bien, c'est pour eux que je déploie tous mes efforts, afin de faire descendre la Force supramentale en un temps appréciable. Je sais qu'elle descendra, mais je tâche à ce que sa descente se rapproche et, quelles que soient les sombres obstructions de la nature terrestre ou les furieuses incursions des forces asou­riques qui cherchent à y faire obstacle, elle se rapproche du sol terrestre. Le Supramental n'est pas, comme vous l'imaginez, quelque chose de froid, de dur et que l'on puisse comparer à un roc. Il porte en soi la présence de l'Amour divin, ainsi que de la divine Vérité, et son règne ici, pour ceux qui l'acceptent, signifie le droit chemin sans épines où il n'est ni mur, ni obs­tacle, et dont les anciens rishis virent la lointaine promesse.
La voie obscure existe, et il y en a beaucoup qui, tels les chré­tiens, font un évangile de la souffrance spirituelle; beaucoup soutiennent que c'est l'inévitable prix de la victoire. Il peut en être ainsi dans certaines conditions, comme ce fut le cas dans de si nombreuses vies au début, ou bien l'on peut choisir qu'il en soit ainsi. Mais alors, le prix doit se payer avec résignation, avec courage, ou avec une inaltérable souplesse de caractère. J'admets que, si on les supporte de cette façon, les attaques des forces obscures ou les épreuves qu'elles imposent ont un sens. Après chaque victoire que l'on remporte sur elles, on avance alors sensiblement; elles semblent souvent nous montrer les difficultés qui sont en nous et que nous devons vaincre, et nous dire : "Ici, tu dois conquérir." N'empêche, c'est un chemin trop sombre et difficile que personne ne devrait suivre, à moins d'en être chargé.
Il en est tant qui ont fait le yoga en comptant sur la tapasyâ ou n'importe quoi d'autre, mais sans se confier aucunement à la Grâce divine. Ce n'est pas cela qui est indispensable, mais la soif de l'âme pour une plus haute Vérité ou une Vie plus haute. Là où existe cette soif, la Grâce divine, que l'on croie en elle ou pas, interviendra. Si vous croyez, cela hâtera et facili­tera les choses; si vous ne pouvez pas croire encore, l'aspiration de l'âme, néanmoins, se justifiera, quelles que soient les difficultés et les luttes.

[1]Le Voyage du Pèlerin, poème allégorique de John Bunyan (1628-1688). 

Sri Aurobindo "Letters on Yoga"

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