Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo La possibilité d'un empire mondial

SRI AUROBINDO
. . YOGA INTÉGRAL


Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
.............................................................................................................................................................................................................Affichage dynamique

C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

La possibilité d'un empire mondial



Le progrès de l'idée impériale depuis le stade où elle est encore artificielle et en construction, jusqu'au moment où elle devient une vérité psychologique réalisée dominant le mental humain avec la même force et la même vitalité que celle qui place maintenant l'idée nationale au-dessus de tous les autres mobiles collectifs, n'est qu'une simple possibilité d'avenir et non une certitude. Ce n'est même qu'une vague possibilité naissante, et tant qu'elle ne sera pas sortie de l'état embryonnaire où elle est à la merci de l'extrême sottise des hommes d'État, des formidables, passions des grandes masses humaines, des intérêts obstinés des égoïsmes établis, nous ne pouvons pas être sûrs qu'elle ne périra pas dès maintenant, mort-née. Or, s'il en est ainsi, existe-t-il une autre possibilité d'unir l'humanité par des moyens politiques et administratifs ? Ce ne serait possible que si, par une conjoncture qui paraît actuellement impossible, le vieil idéal d'un empire mondial unique devenait un fait accompli, ou encore, si l'idéal opposé d'une libre association de nations libres arrivait à surmonter les mille et un puissants obstacles qui barrent la route à sa réalisation pratique.
Comme nous l'avons vu, l'idée d'un empire mondial qui s'imposerait par la force pure est en contradiction directe avec les conditions nouvelles introduites dans le mondé moderne par la nature progressive des choses. Cependant, faisons abstraction de ces conditions nouvelles et admettons la possibilité théorique d'une grande nation unique qui impose à toute la terre son autorité politique et sa culture prédominante, comme Rome l'avait fait avec les peuples méditerranéens, la Gaule et l'Angleterre. Ou même, supposons que l'une des grandes nations réussisse à triompher de toutes ses rivales par la force et la diplomatie, puis, respectant la culture et la vie intérieure séparée de ses nations sujettes, qu'elle assure son autorité par l'attrait d'une paix mondiale, d'une administration bienfaisante et d'une organisation sans pareille de la connaissance et des ressources humaines pour l'amélioration de l'état présent de l'humanité. Reste à savoir si cette possibilité théorique a quelque chance de réunir les conditions qui lui permettraient de se transformer en possibilité pratique; or, si nous regardons, nous constatons que ces conditions n'existent pas à présent ; au contraire, tout s'oppose à la réalisation d'un rêve aussi colossal ; il ne pourrait prendre corps que par des changements immenses encore dissimulés dans les secrets de l'avenir.
   On suppose généralement que c'est le rêve d'un empire de ce genre qui a récemment poussé l'Allemagne à se battre contre le monde. On peut se demander jusqu'à quel point cette intention était consciente dans le mental de ses dirigeants, mais il est certain que si l'Allemagne avait gagné la guerre comme elle s'y attendait au début, la situation ainsi créée l'aurait inévitablement entraînée à cette grande aventure. En effet, elle aurait joui d'une position dominante telle qu'aucune nation n'en a connu au cours de la période historique du monde ; et avec les idées qui gouvernaient dernièrement l'intelligentsia allemande — la conception de sa mission, de sa supériorité de race, de l'excellence incommensurable de sa culture, sa science et son organisation, de son droit divin à conduire la terre et à lui imposer sa vie et ses idéaux —, auxquelles venait s'ajouter l'esprit avide du commercialisme moderne, elle aurait inévitablement été poussée à assumer la domination universelle comme une tâche de droit divin. Le fait qu'une nation moderne (et vraiment la plus avancée de par sa compétence professionnelle, son utilisation pratique de la science, son esprit d'organisation, son assistance étatique, son maniement intelligent des problèmes nationaux et sociaux et son agencement du bien-être économique, bref, ce que l'Europe appelle la "civilisation"), le fait, donc, qu'une nation comme celle-là soit possédée et mue par de telles idées et de telles impulsions, est certainement une preuve que les vieux dieux ne sont pas morts, que le vieil idéal de conquête, de gouvernement et de perfectionnement du monde par la Force est encore une réalité vivante et que son emprise sur la psychologie de l'espèce humaine n'est pas encore détruite. Rien n'est moins certain que la dernière guerre ait tué ces forces et cet idéal; car l'issue de la guerre a été décidée par la force s'opposant à la force, par l'organisation triomphant de l'organisation, par une utilisation supérieure (ou du moins plus heureuse) des armes mêmes qui faisaient la puissance réelle du grand pouvoir agressif teuton. La défaite de l'Allemagne par ses propres armes ne suffit pas à extirper l'esprit qui s'incarnait alors en Allemagne ; elle aboutira probablement à quelque incarnation nouvelle du même esprit, ailleurs, dans une autre race ou un autre empire, et il faudra alors recommencer une fois de plus toute la bataille. Tant que les vieux dieux sont vivants, il ne sert pas à grand-chose de briser ou d'affaiblir le corps qu'ils animent, car ils savent fort bien transmigrer. L'Allemagne a abattu l'esprit napoléonien en 1813 et brisé les restes de l'hégémonie française en Europe en 1870; cette même Allemagne est devenue l'incarnation de l'esprit qu'elle avait abattu. Le phénomène peut aisément se renouveler à une échelle plus formidable.
    L'échec de l'Allemagne n'est pas plus une preuve de l'impossibilité du rêve impérial que ne le fut l'échec de Napoléon. Car, sauf un, tous les facteurs nécessaires au succès de cette vaste entreprise manquaient à la combinaison teutonne. Elle avait l'organisation militaire, scientifique et nationale la plus forte qu'aucun peuple eût jamais développée, mais il lui manquait le gigantesque élan qui seul peut mener à maturité une tentative aussi colossale,. élan que la France possédait à un bien plus haut degré à l'époque napoléonienne. Il lui manquait le génie diplomatique heureux qui crée les conditions indispensables au succès. Il lui manquait la puissance navale complémentaire, plus nécessaire peut-être que la supériorité militaire pour entreprendre la domination du monde ; enfin,, sa situation géographique et son encerclement par l'ennemi, l'exposaient tout particulièrement aux dangers de la maîtrise des mers par ses adversaires naturels. Seule, la conjonction d'une puissance navale écrasante et d'une écrasante puissance sur terre [1], peut rendre vraiment possible une entreprise aussi vaste : Rome elle-même n'a pu espérer une semblance d'empire mondial que du jour où elle a détruit la force maritime de Carthage. Mais la politique allemande a fait une erreur de calcul si complète qu'elle est entrée dans le conflit au moment même où la plus forte puissance navale du monde était déjà rangée dans la coalition ennemie. Au lieu de concentrer ses efforts sur cet adversaire naturel, au lieu d'utiliser la vieille hostilité de la Russie et de la France contre l'Angleterre, la diplomatie allemande, maladroite et brutale, n'a réussi qu'à liguer ces anciens ennemis contre elle-même : au lieu d'isoler l'Angleterre, elle n'a réussi qu'à s'isoler elle-même; enfin, la manière dont elle a déclenché et conduit la guerre, l'a proscrite moralement encore plus et donné une force supplémentaire à l'isolement physique réalisé par le blocus britannique. En poursuivant aveuglément une grande concentration militaire en Europe centrale et en Turquie, elle s'était aliénée de gaîté de cœur la seule puissance maritime susceptible de se ranger à ses côtés.

[1]Ceci n'est plus vrai depuis l'énorme accroissement de la marine américaine.  (Note de Sri Aurobindo)


Sri Aurobindo -L’IDÉAL DE L’UNITÉ HUMAINE-
CHAPITRE IX , La possibilité d'un empire mondial (extrait 1)

Aucun commentaire:

VISITES (Avertissement: le protocole HTTPS ne permet plus d'afficher ce module)


Membres (Avertissement: le protocole HTTPS ne permet plus d'afficher ce module)

Pour recevoir les publications vous pouvez devenir membre (ci-dessus) ou vous abonner en cliquant sur le lien:
S'abonner à SRI AUROBINDO - YOGA INTÉGRAL