Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo Nation et empire : unités réelles et unités politiques

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Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
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C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

Nation et empire : unités réelles et unités politiques




     Il est utile de s'étendre un peu sur l'aide apportée au processus de formation nationale par la domination étrangère, et de voir comment elle opère. L'histoire abonde en illustrations. Mais il est des cas où le phénomène de domination étrangère est momentané et imparfait; d'autres où il est très durable et complet ; d'autres enfin où il se répète sous des formes souvent variées. Dans quelques cas, l'élément étranger est rejeté une fois passée son utilité ; en d'autres, il est absorbé ; en d'autres encore, il est accepté comme une caste dirigeante après une assimilation plus ou moins complète et pendant une longue ou brève période. Le principe reste le même, mais il est diversement appliqué par la Nature suivant les besoins du cas particulier. Aucune des nations modernes en Europe n'a pu échapper à une phase plus ou moins prolongée, plus ou moins complète, de domination étrangère afin de réaliser sa nationalité. En Russie et en Angleterre, la race conquérante étrangère est rapidement devenue la caste dirigeante, finalement assimilée et absorbée; en Espagne, ce fut la succession des Romains, des Goths et des Maures ; en Italie, la souveraineté des Autrichiens ; dans les Balkans*, la longue suzeraineté des Turcs ; en Allemagne, le joug passager de Napoléon. Mais dans tous les cas, l'essentiel était le choc ou la pression qui éveillait la vague entité psychologique à la nécessité de s'organiser du dedans, ou qui écrasait et décourageait, ou privait de pouvoir, de vitali et de réalité, les facteurs de désunion les plus obstinés. Dans certains cas même, un changement complet de nom, de culture et de civilisation a été nécessaire ainsi qu'une modification plus ou moins profonde de la race. C'est ce qui s'est produit notamment pour la formation de la nationalité française. L'ancien peuple gaulois, en dépit, et peut-être à cause, de sa civilisation druidique et de sa grandeur première, fut incapable de s'organiser en une unité politique solide; plus incapable même que la Grèce antique ou que les vieux royaumes et républiques de l'Inde. Il a fallu L'autorité romaine et la culture latine, la surimposition d'une caste dirigeante teutonique, et finalement le choc de la conquête anglaise temporaire et partielle, pour fonder l'unité sans pareille de la France moderne. Pourtant, bien que le nom, la civilisation et tout le reste semblent avoir changé, la nation française d'aujourd'hui est encore et reste toujours la vieille nation gauloise semée d'anciens éléments basques, gaéliques, armoricains et autres, qui ont été modifiés par le mélange des Francs et des Latins.
    Ainsi, la nation est une entité psychologique persistante que la Nature s'est activement occupée à développer à travers le monde sous les formes les plus variées et qu'elle a éduquée à devenir une unité physique et politique. L'unité politique n'est pas le facteur essentiel; elle peut ne pas exister encore, et pourtant la nation persiste et s'achemine inévitablement vers sa réalisation ; elle peut être détruite, et pourtant la nation persévère, peine et souffre, mais refuse d'être annihilée. Dans le passé, la nation n'était pas toujours une entité réelle et vivante ; les groupements vivants étaient la tribu, le clan, la commune, les provinces. Les entités qui en voulant réaliser l'évolution nationale, ont détruit les anciens groupements vivants sans parvenir à une nationalité vitale, ont disparu dès que l'unité artificielle ou politique a été brisée. Mais à l'heure actuelle, la nation apparaît comme la seule entité collective vivante de l'humanité, en laquelle toutes les autres doivent se fondre ou se subordonner. Même les vieilles entités persistantes, raciales ou culturelles, sont impuissantes devant elle. Les Catalans en Espagne, les Bretons, les Provençaux et les Alsaciens en France, les Gallois en Angleterre, peuvent chérir les signes de leur existence séparée, mais l'attraction de l'unité vivante plus grande qu'est la nation (espagnole, française ou britannique) est trop puissante pour être entamée par ces persistances. Dans les temps modernes, la nation est pratiquement indestructible, à moins qu'elle ne meure du dedans. La Pologne, mise en pièces et écrasée sous la botte de trois puissants empires, a cessé d'exister; la nation polonaise a survécu et une fois de plus s'est reconstituée. L'Alsace, après quarante ans de joug allemand, est restée fidèle à sa nationalité française en dépit de ses affinités de race et de langage avec le conquérant. Tous les efforts modernes pour détruire par la force ou morceler une nation, sont insensés et futiles, parce qu'ils refusent de reconnaître la loi de l'évolution naturelle. Les empires sont encore des entités politiques périssables; la nation est immortelle. Et elle le restera jusqu'à ce qu'une entité vivante plus grande soit découverte où l'idée de nation pourra se fondre en vertu d'une attraction supérieure.
  Dès lors, on peut se demander si l'empire n'est pas justement cette entité prédestinée en voie d'évolution. Le simple fait qu'à l'heure actuelle, l'unité vitale ne soit pas l'empire mais la nation, ne peut être un obstacle à quelque renversement futur des relations. Évidemment, pour qu'elles puissent être renversées, l'empire doit cesser d'être une simple entité politique et devenir une entité psychologique. Mais dans l'évolution des nations, il est des exemples où l'unité politique a précédé l'unité psychologique, et est devenue la base de l'unité psychologique, comme pour l'union de l'Écosse, de l'Angleterre et du pays de Galles, qui formèrent la nation britannique. Il n'existe pas de raison insurmontable qu'une évolution similaire ne puisse pas se produire à une échelle plus grande et qu'une unité impériale ne vienne se substituer à l'unité nationale. La Nature travaille depuis longtemps à l'enfantement du groupement impérial; elle a longtemps cherché de tous côtés à lui donner une force de permanence plus grande, et il ne serait pas irrationnel de penser que l'émergence sur toute la terre d'un idéal impérial conscient et ses efforts encore grossiers, violents et maladroits pour se substituer à l'idéal national, soient le signe précurseur d'un de ces bonds, d'une de ces transitions rapides par lesquelles si souvent la Nature accomplit ce qu'elle avait longuement préparé d'une façon graduelle et empirique. Telle est donc la possibilité qu'il nous faut maintenant examiner avant d'étudier le phénomène établi de la nationalité par rapport à l'idéal de l'unité humaine. Deux conceptions différentes, et par conséquent deux possibilités différentes, ont été brusquement précipitées en mouvement par le conflit européen : d'une part, une fédération de nations libres ; de l'autre, le partage de la terre entre un petit nombre de grands empires ou d'hégémonies impériales. Une combinaison pratique de ces deux idées est devenue la possibilité la plus tangible du proche avenir. Il est nécessaire de s'arrêter un moment et de considérer si l'un des éléments de la combinaison possible étant déjà une unité vivante, l'autre ne pourrait pas, dans certaines conditions, être aussi converti en une unité vivante afin que la combinaison, si elle se réalise, devienne le fondement d'un ordre nouveau et durable. Sinon, ce ne serait encore qu'un expédient provisoire sans aucune possibilité de permanence stable.

*Ici, ce n'était pas un peuple unique qu'il fallait unifier, mais plusieurs peuples séparés, dont chacun devait recouvrer son indépendance séparée ou, dans certains cas, former une coalition de peuples apparentés. (Note de Sri Aurobindo)


Sri Aurobindo , L'Idéal de l'unité humaine, Première partie
CHAPITRE V
Nation et empire :
unités réelles et unités politiques

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