Toute la vie est un yoga. Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l'Infini: nous appelons l'Infini à se révéler lui-même dans la vie humaine. Sri Aurobindo La période de construction nationale

SRI AUROBINDO
. . YOGA INTÉGRAL


Les négations de Dieu sont aussi utiles pour nous que Ses affirmations. Sri Aurobindo
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C'est le Supramental qu'il nous faut faire descendre, manifester, réaliser.

La période de construction nationale



    Dans la Nature physique, les organismes vivants ne peuvent pas vivre entièrement sur eux-mêmes ; ils vivent par des échanges avec les autres organismes vitaux, ou en partie par des échanges et en partie en dévorant les autres, car tels sont les procédés d'assimilation communs à la vie physique séparée. Par contre, quand la vie s'unifie, une assimilation est possible qui dépasse l'alternative de s'entre-dévorer ou de continuer à rester séparé et distinct en limitant l'assimilation à une mutuelle réception des énergies déchargées par chaque vie sur les autres. Au lieu de cela, les unités peuvent s'associer et se subordonner consciemment à l'unité générale, qui grandit alors par le processus de leur rassemblement. Quelques-unes d'entre elles, il est vrai, sont tuées et utilisées comme matériaux de nouveaux éléments, mais elles ne peuvent pas toutes être traitées ainsi ; elles ne peuvent pas toutes être dévorées par une unité dominatrice, sinon il n'y aurait ni unification ni création d'une unité plus vaste, ni continuité d'une vie plus grande, mais seulement une survie temporaire de l'élément dévorant par la digestion et l'utilisation de l'énergie des dévorés. Pour l'unification des agrégats humains, le problème est donc celui-ci : comment les unités composantes pourront-elles se subordonner à une nouvelle unité sans mourir et disparaître ?
    La faiblesse des vieilles unités impériales nées de la conquête, était leur tendance à détruire les unités plus petites, qu'elles assimilaient afin d'en nourrir la vie de l'organe dominateur, comme l'a fait l'Empire romain. La Gaule, l'Espagne, l'Afrique, l'Égypte furent donc anéanties, transformées en matière morte, tandis que leurs énergies étaient sucées par le centre : Rome. L'empire est ainsi devenu une immense masse moribonde qui a nourri Rome pendant plusieurs siècles. Mais avec cette méthode, la vie s'épuise chez les nations sujettes, et la voracité du centre dominateur finit par n'avoir plus de source où puiser de l'énergie nouvelle. Au début, le meilleur de la force intellectuelle des provinces conquises s'est écoulé vers Rome, et leur énergie vitale y a déversé en abondance force militaire et aptitude au gouvernement ; mais finalement, ce double courant s'est tari et on a vu s'éteindre, d'abord l'énergie intellectuelle de Rome, puis ses aptitudes militaires et politiques au sein d'une mort générale. La civilisation romaine n'aurait même pas vécu si longtemps sans les idées et les impulsions nouvelles qu'elle recevait de l'Orient. Cependant, ces échanges n'avaient ni la vigueur ni la continuité qui dans le monde moderne, marquent le flux et le reflux toujours nouveaux des vagues de pensées et des impulsions de vie ; ils ne pouvaient pas revivifier vraiment la vitalité appauvrie du corps impérial, ni même arrêter bien longtemps le processus de sa décomposition. Quand l'étreinte de Rome s'est relâchée, le monde qu'elle avait si fermement étranglé n'était plus depuis longtemps qu'un énorme mort-vivant, décoratif, magnifiquement organisé, mais incapable d'une nouvelle organisation ni de se régénérer lui-même; sa vitalité n'a pu être restaurée que par l'invasion du vigoureux monde barbare venu des plaines de Germanie, des steppes au-delà du Danube et des déserts d'Arabie. Il a fallu que la dissolution précédât un mouvement de construction plus solide.
    Au cours de la période de construction nationale au Moyen Âge, nous voyons la Nature réparer cette erreur première. En vérité, quand nous parlons des "erreurs de la Nature", nous nous servons d'une image empruntée illégitimement à notre psychologie humaine et à notre expérience ; car, dans la Nature, il n'est pas d'erreurs, mais seulement une cadence délibérée et des allées et venues qui suivent un rythme préfiguré, dont chaque pas a un sens et une place dans l'action et les réactions de sa marche progressive. L'écrasante domination de l'uniformité romaine était un artifice, non pas pour tuer d'une façon permanente mais pour décourager l'excessive vitalité séparatiste des petites unités anciennes afin qu'au temps de leur renaissance, elles ne présentent plus un obstacle insurmontable à la croissance d'une unité nationale véritable. Ce qu'une unité nationale peut perdre à ne pas passer par cette cruelle discipline (nous laisserons de côté le danger d'une mort réelle, comme ce fut le cas pour l'Assyrie et la Chaldée, et les gains spirituels ou autres que l'on peut acquérir en évitant cette méthode), nous est montré par l'exemple de l'Inde où les empires Maurya, Goupta, Andhra, Mogol, si énormes, puissants et bien organisés qu'ils fussent, n'ont jamais réussi à passer leur rouleau compresseur sur la vie trop fortement indépendante des unités subordonnées, pas plus sur la communauté villageoise que sur les groupements régionaux ou linguistiques. Il a fallu la pression d'un régime qui n'était ni d'origine indigène ni centré dans le pays, la domination d'une nation étrangère entièrement différente par sa culture et moralement cuirassée contre les sympathies et les attractions de l'atmosphère culturelle de l'Inde, pour faire en un siècle, le travail que deux mille ans d'impérialisme plus relâché n'avaient pu accomplir. Ce procédé implique nécessairement une pression cruelle et souvent dangereuse et la démolition des vieilles institutions ; car la Nature, lasse de l'opiniâtre immobilité d'une résistance vieille comme les âges, semble fort peu se soucier du nombre des beautés et des valeurs détruites, pourvu que son but principal soit atteint ; mais nous pouvons être sûrs que s'il y a destruction, cette destruction était indispensable pour parvenir au but.


Sri Aurobindo, L'idéal de l'unité humaine,

Chapitre XII, L'ancien cycle pré-national de formation des empires – Le cycle moderne de formation des nations

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